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Article publié le 03/11/2016


du 03/11/2016

au 30/11/2016

à N, National
France

Rencontre de Paysans de la ZAD

Le weekend des 8 et 9 Octobre 2016, la commission agricole du MRJC est allée rencontrer des jeunes installés sur la ZAD à Notre Dames des Landes

En ce week-end de mobilisation à la ZAD* « que résonnent les chants de nos bâtons », j'ai eu l'occasion avec la commission agricole du MRJC** de prendre le temps de la rencontre avec deux paysans installés sur la ZAD. Nous avons abordé de manière concrète, sous l'angle de l'agriculture, ce qu'il ya à défendre ici, de l'idée au projet tout en préparant la suite ! Car « oui le projet d'aéroport n'aura pas lieu » nous a assuré l'un d'eux.

Notre idée était de comprendre comment fonctionnaient les choses ici. Qui fait quoi ? Qui décident de quoi ? Avec qui ? Et comment ? …

 

Tout d'abord, petit point technique sur les terres, car pour s'installer, il faut bien des terres !

Aujourd'hui, les terres de la ZAD (Zone d'Aménagement Différée ou Zone A Défendre) appartiennent à l'Etat qu'il a mis en « location » à Vinci (pour se faire une idée sur ce fait, je vous propose de regarder la vidéo sur ce lien : http://osonscauser.com/largument-ultime-dame-landes/).

Ainsi, les personnes habitants (principalement des agriculteurs) de cette zone de bocage ont soit :

-          Décider de vendre leur terres et ont quitté les lieux 

-          Décider de vendre leurs terres et continuent d’exploiter les terres rétrocédées a Vinci dans l'attente du début des travaux. (En plus des terres hors de la ZAD qu’ils ont reçu et sur lesquels ils perçoivent des aides de la PAC*** pour l'ensemble.)

-          Fait durer la procédure d'expropriation au maximum et ont finis par cédé et partir. Ils ont arreter leur métier ou ont retrouver une ferme ailleurs. 

-          Ils ont fait durer la procédure d'expropriation, ont épuisé les recours et ont reçu la notification d’expropriation mais ils exploitent encore "leurs" terres et refusent de toucher d'indemnités qui est gardé à la caisse des dépôts.

Les « zadistes » sont donc divers : il y a des paysans dits historique qui sont installé depuis des générations et continuent d’exploiter alors qu’ils ont été expropriés, ils y a des zadistes arrivée depuis moins longtemps qui occupent et cultivent les terres de l’état. Ils sont en concurrence avec les autres paysans qui ont vendus leurs terres mais ont obtenus la location par Vinci.

« Aujourd'hui, c'est le western ici. »

"A ceux qui ont lutté, qui ont vécu de longues démarches d'expropriation, qui n'ont pas accepté les indemnités et qui sont restés sur leurs terres, on leur accorde la légitimité d'exploiter les terres."

"A ceux qui ont « collaboré », c’est-à-dire qui ont vendu leurs terres à Vinci dès le départ, ils ne sont plus légitimes et n'ont pas leur mot à dire si leurs terres sont occupées et exploitées par les zadistes, ces derniers sont prioritaires."

C'est ainsi que le collectif « Sème ta ZAD » s'est créé pour cultiver des parcelles. Ils gèrent ensemble les rotations, achètent les semences et organisent des chantiers collectifs. Ils ont également créé la CURCUMA, la coopérative d'usure, de réparation, de casse et d'utilisation du matériel agricole. Véritable « espace-test » pour des personnes venues de tout milieu, les parcelles maraichères et vivrières côtoient les zones d'élevage. Sont produits des céréales, de la farine, du pain, du lait, des œufs, des légumes, des plantes aromatiques médicinales, du foin... Le tout se retrouve sur le « non-marché » du vendredi au carrefour de La Saulce et aussi pour certaines productions sur le marché d'un village voisin. 

Le marché de la Saulce est un marché où il n’y a pas de transaction monétaire, chacun prend ce dont il a besoin et apporte ce qu’il a produit, transformé. Ils affirment ainsi leur retrait des logiques capitalistes, ainsi que dans bien d'autres lieux de résistance qu’ils approvisionnent avec les surplus, notamment le campement de réfugiés de Calais.

Au-delà de ça, cette co-habitation de deux modèles d'occupation : le « vivrier » et les « projets agricoles », (autrement dit entre les installations non-déclarées et celles qui sont déclarées (ayant reçu l'autorisation d'exploiter de la Chambre d'agriculture), amènent bien des discussions, parfois des tensions. Certains affirment que en plus des surfaces vivrières, il est possible de produire suffisament pour vendre aussi à l'exterieur ce qui permet un ancrage sur le territoire et du lien avec les autres habitants.

Il faut préparer la suite car pour certains, c'est un projet de vie que de s'installer sur la ZAD. Et bien qu'il faille faire preuve de confiance, telle l'épée de Damoclès, le projet d'aéroport entraîne des difficultés à se projeter parfois.

Entre les habitants, bien des discussions portent sur l'avenir de la ZAD, et notamment sur l'avenir des terres. « A la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, l'agriculture prolonge le combat contre « l'aéroport et son monde », elle enracine l'occupation. », comme l'écrit Lucile Leclair et Gaspard d'Allens dans leur livre les Néo-Paysans. Il y a une réelle volonté de vouloir faire autre chose, « Si on a réussi pendant 40 à stopper la construction d’un aéroport, alors tout devient possible ! » Imaginer la suite après l'abandon du projet d'aéroport, ouvre un champ pour l’imagination et tester, expérimenter un nouveau modèle de société. Un modèle basé sur une charte de principe commun qui met en priorité l’humain, la préservation des ressources naturelles et l’équité : la répartition des terres en fonction de l’usage et de l’utilité sociale qu’elles apportent, prendre des décisions de manière la plus démocratique possible, normaliser l’entraide et le troc, autant de pistes d’action qui s’ouvre. Il faut préparer l'avenir pour révolutionner le monde ! Et pourquoi pas un « monde des communs » ?! A suivre donc...

 

Anne-Hélène

 

* ZAD Zone d'aménagement différé devenue la Zone à défendre – Zone de 1650 hectares.

** MRJC Mouvement rural de jeunesse chrétienne

*** Politique Agricole Commune

 

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